Les règles et les limites : une manière de se construire

Nos conseils Mis à jour le 27 juillet 2026 · Lecture : 20 min

Le développement de l’enfant et le besoin de cadre

Les bébés ont une curiosité naturelle qui les pousse à explorer leur environnement. Ils n’ont toutefois pas encore conscience des dangers potentiels qui existent autour d’eux.

9-11 mois

L’enfant se déplace bien et découvre de nombreux endroits par lui-même. Pour assurer sa sécurité, il est important d’introduire quelques règles et limites.

Vers 12 mois

Les tout-petits sont prêts pour les règles qui leur apprennent des manières d’agir avec les autres personnes et les objets, au-delà de la seule sécurité.

Peu importe l’âge, les règles sont aussi là pour sécuriser et rassurer les enfants, particulièrement si elles sont appliquées avec constance. Sans ce cadre sécurisant, ils peuvent se sentir angoissés et perdus face à une trop grande liberté.

Pourquoi faut-il poser des limites ?

Dire « non » à son enfant n’est pas chose facile. Les parents ont souvent peur de sa réaction, qui peut être disproportionnée : il se jette par terre, hurle, tape des pieds. Ses émotions (frustration, colère) sont parfois trop intenses, et il ne sait tout simplement pas comment les gérer. Nous avons tous été confrontés au « non » — mais cela nécessite un long apprentissage.

Pour bien grandir, les enfants ont besoin de cadre. Les interdits rassurent, créent un environnement dans lequel ils se sentent en sécurité, et leur permettent de situer leur place auprès de celle de l’adulte.

L’enfant a besoin de ces règles pour comprendre :

  • Le monde qui l’entoure
  • Comment vivre avec les autres
  • Quelles sont les règles de la vie sociale

Sentiments, oppositions et désirs sont naturels et méritent d’être écoutés — sans pour autant être toujours exaucés.

Comment les poser ?

Formuler des règles positives

Les enfants comprennent beaucoup mieux les phrases affirmatives que négatives. Le cerveau de l’enfant n’est pas encore assez mature pour bien traiter la négation : lorsqu’il entend « ne mets pas ça dans ta bouche », il décortique « mets »… « bouche »… puis « ne… pas ». Comme il est dans la pulsion, la réaction physique est plus rapide que l’analyse — et il va mettre l’objet dans sa bouche, en apparente contradiction avec ce que vous veniez de lui dire !

Ne crie pas Parle plus doucement s’il te plaît
Ne cours pas Marche dans la maison
Ne monte pas sur le fauteuil Descends du fauteuil
Ne touche pas à ça Laisse cet objet
À la crèche, nous passons beaucoup de temps en équipe à réfléchir aux formulations qui rendent les règles plus « positives ». Une demande formulée positivement indique à l’enfant ce que nous voulons qu’il fasse, plutôt que ce que nous ne voulons pas — c’est ce que nous appelons une « proposition alternative ».
Un enfant qui jette les jeux : « Je vois que tu as besoin de jeter, de lancer. Peut-être que tu peux le faire avec ce ballon ? Cela te dirait de faire une bataille de coussins ? »
Un enfant qui monte sur une table : « Je trouve ça dangereux, cela me fait peur. Tu as très envie de grimper, je peux te proposer les blocs-moteur pour que tu puisses le faire en toute sécurité. »
Un enfant qui tape un autre enfant : « Tu es en colère ? Si tu as besoin de taper, tu peux taper sur le coussin ou ton doudou. Est-ce que c’est trop difficile pour toi d’être dans le groupe ? »

Utiliser « stop » plutôt que « non »

Plus l’enfant entend « non », plus il vous l’imitera et le retournera contre vous. Le « stop » amène une autre manière d’interrompre une action : il interpelle davantage l’enfant, alors que le « non » utilisé trop fréquemment perd son sens et devient un « jeu ».

Expliquer pourquoi cette règle est établie

Une règle sans explication trouve peu d’écho chez l’enfant. S’il comprend pourquoi une consigne existe, il lui sera plus facile de l’accepter et de l’assimiler.

Règles de sécurité

Formellement interdites, prioritaires. « Tu donnes la main pour traverser la rue », « Il est interdit de toucher la porte du four ».

Règles de vie en communauté

Assurent le respect mutuel. « Il est interdit de taper les autres », « Prends soin du matériel ».

Règles propres à la famille

Des limites posées dans le cadre du cercle familial. « Il est l’heure de se coucher, tu vas au lit ».

Être constant et cohérent : la règle des 3 fois

Une fois la règle établie, il faut s’y tenir. En cas de non-respect répétitif, il est important d’appliquer les « conséquences » établies au préalable. Voici notre méthode à la crèche :

  1. L’enfant transgresse la règle. L’adulte explique que c’est interdit et pourquoi, en utilisant aussi le signe « Interdit » de la langue des signes, et propose une alternative.
  2. L’enfant recommence. L’adulte réexplique, verbalise, questionne l’enfant et propose de nouveau une alternative, en annonçant qu’à la 3e fois il y aura une conséquence (jamais une punition).
  3. L’enfant réitère. L’adulte applique la conséquence annoncée, puis réexplique calmement, une fois l’enfant apaisé et prêt à entendre.

Exemple : un enfant monte sur la table à la crèche.

1re fois : « Stop, c’est interdit de monter sur la table, c’est dangereux. Si tu as besoin de grimper, tu peux grimper sur ce bloc moteur. »

2e fois : « Je t’ai dit que c’est interdit. Si tu recommences, je te prends avec moi et je te déplace. »

3e fois : l’adulte le porte et le déplace vers les blocs moteurs, puis réexplique calmement pourquoi c’est interdit.

En agissant systématiquement à la 3e fois, l’enfant finit par trouver la limite, et l’adulte s’épuise moins. L’objectif n’est jamais de « punir » ou d’isoler l’enfant, mais d’appliquer l’interdit par une action qui l’en détourne, en l’accompagnant : le prendre dans ses bras, s’installer avec lui à l’écart pour l’aider à se recentrer.

La cohérence entre les adultes

Les tout-petits sont malins et savent repérer la faille quand un adulte pose un interdit que l’autre laisse faire. Le manque de cohérence est très déstabilisant pour un enfant : il peut entraîner une insécurité ou une difficulté supplémentaire à intégrer la règle. Même en cas de séparation des parents, maintenir une communication autour des règles reste essentiel.

Mettre des mots sur les émotions débordantes

Face à une limite, l’enfant peut répondre de façon excessive : il se jette au sol, crie, tape l’adulte. Il a besoin que sa frustration soit reconnue et comprise, sans jugement. L’adulte qui met des mots sur ses émotions permet à l’enfant de se sentir reconnu et d’accepter la règle posée. C’est ce qui le fait grandir.

Limiter le nombre de règles

Trop de règles peuvent perdre l’enfant. Il est important d’avoir un nombre limité de règles non négociables (l’interdiction de la violence, par exemple), et de laisser des règles modulables selon le contexte.

Exemple : le toboggan. Un enfant monte à l’envers pour s’approprier l’équilibre et la sensation de hauteur. Si un autre enfant veut descendre normalement au même moment, celui qui montait patiente ou fait le tour. Mais si personne n’est là et qu’il ne se met pas en danger, pourquoi pas ?

Les croyances éducatives : un juste équilibre à trouver

Les courants éducatifs sont nombreux et évoluent avec le temps. Beaucoup de familles se sentent « perdues » entre ce que dit le pédiatre, ce qu’elles ont lu sur internet, et notre point de vue de professionnelles.

L’éducation bienveillante (bien comprise)

Écouter l’enfant, reconnaître ses besoins et proposer des alternatives — tout en gardant des règles et des limites. C’est ce que nous prônons à la crèche. Mal interprétée, elle peut dériver vers une éducation permissive, où l’on n’ose plus jamais frustrer l’enfant.

« Il faut frustrer l’enfant à tout prix »

Une croyance héritée d’une éducation plus stricte, où l’enfant n’avait pas son mot à dire. L’enfant rencontre déjà bien assez de frustrations naturellement — inutile de les provoquer artificiellement.

L’objectif est un juste équilibre : il y a des choses que l’on peut laisser faire à l’enfant, car elles répondent à un besoin de découverte, et d’autres qui ne sont pas négociables, « parce que c’est comme ça ».

Petit aparté sur la frustration

La frustration est un état d’insatisfaction provoqué par le sentiment de n’avoir pas pu réaliser un désir. Elle est inévitable : on ne peut pas dire « oui » à tout, comme il n’est pas nécessaire de frustrer à tout va.

Le tout-petit ne sait pas gérer ses émotions : il en est incapable, du fait de l’immaturité de son cerveau. La maturité émotionnelle n’est acquise que vers l’âge de 25 ans — un long chemin est donc nécessaire pour apprendre à gérer ses émotions.

Comment accompagner les cris et les colères ?

S’il crie

Nous lui proposons un espace spécifique où il est toléré de crier, ou même un coussin.

S’il tape

Nous lui proposons de taper dans un coussin, pour décharger de manière acceptable.

S’il se jette par terre

Nous le mettons dans un endroit sécurisé pour qu’il ne se fasse pas mal.

Dans tous les cas, nous verbalisons et accompagnons ces moments de décharge émotionnelle, puis nous remettons des mots une fois la tempête passée. Il est inutile et même néfaste de gronder un enfant en colère : au contraire, reconnaître son émotion et l’aider à la surmonter est ce qui, en grandissant, lui permettra d’apprendre à la gérer et à l’orienter de manière adaptée.

Si vous avez des questions ou souhaitez échanger à ce sujet, n’hésitez pas à nous contacter par mail ou à nous solliciter lors des transmissions — nous en débattrons avec plaisir avec vous !
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