Sujet de débats, de polémique, la tétine fait beaucoup parler d’elle, du côté des parents comme des professionnels. Doit-on la donner à l’enfant ? À quel moment ? Comment la lui retirer ? Est-elle nécessaire ? C’est ce petit objet « miracle » qui apaise bébé, le réconforte, l’aide à s’endormir — mais alors, pourquoi veut-on la lui retirer ? Comment devient-elle un objet de dépendance ?
La tétine, objet d’addiction ?
La tétine est introduite dans la bouche par l’adulte, dès tout petit, pour calmer l’enfant et l’empêcher de pleurer. C’est donc l’adulte qui, au départ, fournit un moyen d’apaisement, et non l’enfant qui le trouve seul.
Elle peut alors devenir un objet d’addiction difficile à gérer une fois le bébé plus grand : il pleure dans la nuit parce qu’il a perdu sa tétine, et la perte de cet objet devient un véritable « drame ».
Elle peut aussi devenir un « tais-toi » pour faire taire l’enfant ou stopper ses pleurs — au risque de couper toute communication et d’empêcher l’enfant d’interagir avec son entourage. C’est ce que nous appelons, à la crèche, la « tétine bouchon ». Elle crée d’ailleurs parfois des tensions entre professionnels et parents, car il faut « gérer » la tétine : à quel moment la donner ? Juste pour la sieste ? Faut-il la donner s’il pleure ? Souhaitez-vous la retirer du jour au lendemain ? Autant de questions qui reviennent souvent.
Du bon usage de la tétine
Pas de panique à la naissance
Si l’enfant est allaité dès la naissance, il n’est peut-être pas nécessaire de lui donner tout de suite la tétine. Elle peut servir au besoin de succion de tout nourrisson, mais pas comme moyen systématique de combler les pleurs. Certains spécialistes recommandent même de donner son petit doigt à l’enfant, pour qu’il trouve ensuite lui-même son pouce ou ses doigts. Si cela ne suffit pas, il est toujours temps de proposer la tétine ensuite : pas de panique, elle n’est pas nécessaire dès la naissance.
Le risque d’une tétine donnée trop vite
Si on la propose trop vite, dès que l’enfant pleure, elle risque de l’enfermer et de l’empêcher d’interagir avec son entourage. Avant de la proposer, il est donc important de parler à l’enfant, d’essayer de comprendre ce qui ne va pas et pourquoi il pleure. Plus on met des mots, plus on est en mesure d’instaurer un dialogue avec lui.
La retirer pour parler
Mieux vaut qu’il ne parle pas avec sa tétine à la bouche, pour ne pas déformer sa prononciation. Lui dire qu’on ne comprend pas ce qu’il dit l’amène de lui-même à la retirer.
Un objet transitionnel, comme un doudou
Elle peut être investie comme un vrai objet de réassurance. À la micro-crèche, nous proposons « la maison des doudous et tétines » : un petit meuble à casiers où chaque enfant dépose et reprend lui-même son doudou et sa tétine. Cela responsabilise l’enfant et l’incite à s’en détacher de lui-même.
Si elle est perdue ou oubliée
Ce n’est pas insurmontable ! La panique des adultes ne fait qu’augmenter l’angoisse de l’enfant face à ce manque. Il s’agit d’avoir confiance en lui, en expliquant qu’il devra faire sans aujourd’hui — les paroles, les bras et les jeux permettent de combler ce « manque ».
Le « sevrage »
« C’est le bon moment pour proposer d’autres moyens de l’amener à se consoler. »
— Armand Malka, pédiatre, co-auteur de « L’Art de nourrir les bébés » (Albin Michel, 2008)À 5 ou 6 mois, le bébé se détache de lui-même pour s’intéresser au monde extérieur : un bon moment pour commencer à mettre la tétine de côté. Lorsque l’enfant est plus grand et l’a investie comme un vrai doudou, vouloir la supprimer du jour au lendemain peut s’avérer dur pour lui.
Amener l’enfant à lâcher son « bouchon », c’est avant tout s’occuper davantage de lui, le solliciter, lui parler pour l’aider à parler avec les autres — trouver d’autres moyens de le consoler et de le rassurer.
On peut alors dire que la tétine n’est pas indispensable à la naissance. L’enfant qui suce son pouce est peut-être une « meilleure solution » que la tétine, car cela ne le rend pas dépendant de l’adulte : il peut s’en passer une fois son besoin de succion terminé. La manière dont la tétine est proposée par l’adulte va influencer la manière dont l’enfant va l’investir : une tétine proposée pour la succion et les moments difficiles, accompagnée de paroles (la même utilité qu’un doudou), peut être intéressante, et l’enfant peut s’en détacher de lui-même. À l’inverse, une tétine utilisée systématiquement par l’adulte dès qu’il y a des pleurs, pour faire « taire » l’enfant, rend l’enfant dépendant de cet objet, et il aura bien du mal à s’en passer.
En résumé
La tétine n’est pas « mauvaise » en soi. Avec un accompagnement bienveillant et de la confiance, l’enfant finira par l’abandonner naturellement. Rappelons-nous que c’est nous, adultes, qui avons créé ce besoin : laissons du temps à l’enfant pour s’en défaire, avec patience et tolérance.
Questions fréquentes
Faut-il donner la tétine dès la naissance ?
Non, ce n’est pas indispensable. Le bébé peut aussi trouver de lui-même son pouce ou ses doigts pour répondre à son besoin de succion. On peut lui donner son petit doigt pour l’aider, et proposer la tétine seulement si cela ne suffit pas.
Comment accompagner le sevrage de la tétine ?
Vers 5-6 mois, le bébé s’intéresse davantage au monde extérieur : c’est un bon moment pour la mettre de côté. Plus tard, il s’agit de proposer à l’enfant de la déposer lui-même, de la lui demander pour parler, sans jamais la lui imposer systématiquement dès qu’il pleure.
Que faire si l’enfant perd sa tétine ?
Il s’agit de garder confiance en l’enfant, en lui expliquant qu’il devra faire sans aujourd’hui. La panique des adultes augmente l’angoisse de l’enfant : les paroles, les câlins et les jeux permettent de combler ce manque.
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Livres pour enfants sur le sevrage de la tétine :
- « L’ABéBéC de la petite enfance », Laurence Rameau, éditions Philippe Duval, mai 2014
- Tétine bébé : avantages et inconvénients — Aufeminin
- Tétine et tais-toi — Psychologies.com