L’éducation positive

Nos conseils Mis à jour le 27 juillet 2026 · Lecture : 18 min

L’éducation fait parler d’elle, et les controverses sont nombreuses quant à la manière d’éduquer. En 2016, l’Assemblée Nationale avait voté un article visant à interdire les violences éducatives ordinaires, avant que le Conseil Constitutionnel ne l’invalide peu après. Ce débat questionne — mais l’essentiel est ailleurs : il s’agit de réfléchir aux modèles éducatifs actuels, et à leurs alternatives.

Les connaissances sur le jeune enfant évoluent, et les recherches en neurosciences remettent en question les méthodes que nous avons tous plus ou moins connues étant enfants. Il ne s’agit pas de juger les pratiques éducatives, mais de pouvoir les remettre en question et essayer d’autres modèles : la parentalité positive, ou « éducation positive ».

L’éducation par la peur : punitions, coups, fessées

L’éducation par la peur, les cris ou les fessées peut sembler efficace sur le moment — l’enfant obéit par crainte. Mais cela permet-il vraiment de lui faire comprendre ce qu’il a fait de mal, de réfléchir, d’intégrer un meilleur comportement ? Ou a-t-il simplement besoin d’attention, d’un câlin, ou est-il tout simplement fatigué ?

Les punitions

« Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crimes. »

— Isabelle Filliozat, « J’ai tout essayé »

L’illusion des bienfaits des punitions vient de leur efficacité sur le court terme — elles soulagent surtout le punisseur, qui reprend le sentiment de contrôler la situation. Mais elles ne règlent pas le problème initial, et risquent d’être de plus en plus sévères à mesure qu’elles perdent leur effet.

Souvent, la punition n’est pas en lien avec le comportement qui l’a déclenchée — aller au coin après avoir déchiré un livre, par exemple, n’apprend rien à l’enfant sur le « pourquoi ». Les émotions qu’elle déclenche stimulent le circuit de stress et empêchent l’enfant de réfléchir à ce qu’il a fait : il mémorise la peur du parent, pas ce qui a déclenché la punition. Punir n’est d’ailleurs pas manifester son autorité — nous punissons souvent par manque d’autorité, lorsque nous sommes dépassés et impuissants.

Coups, gifles, fessées

Frapper enseigne à l’enfant que la violence est une manière de résoudre les problèmes. Les coups figent le développement émotionnel : l’enfant se sent humilié, honteux, diminué — ce qui altère durablement sa confiance en lui. Il accumule peur et rage, qui peuvent ressortir plus tard en violence envers les autres, ou se retourner contre lui-même. À l’âge adulte, la crainte reste prête à ressurgir, et la confusion entre amour et humiliation peut peser sur ses relations futures.

Ces méthodes « classiques » sont issues de comportements instinctifs, transmis de génération en génération — « je n’en suis pas mort », « une bonne fessée n’a jamais fait de mal ». Pourtant, la majorité des personnes qui s’en sortent bien dans la vie ne le doivent pas à ces méthodes, mais malgré elles.

Qu’est-ce que l’éducation positive ?

Ce courant vient des États-Unis, avec Thomas Gordon et Aletha Solter dès les années 1980. En France, ce n’est que dans les années 1990 que des auteurs comme Isabelle Filliozat et Catherine Gueguen ont commencé à en faire connaître les principes.

Il ne s’agit ni de laisser-faire, ni de soumission à l’enfant. Il est tout à fait possible d’éduquer et de poser des limites sans crier ni punir. Grâce aux neurosciences, nous savons aujourd’hui que l’enfant ne fait pas de « caprices », ne provoque pas, ne manipule pas : il réagit avec ce qu’il ressent et ce qu’il comprend de la situation, en fonction des modèles que nous, adultes, lui montrons.

Concrètement, comment faire ?

1. Identifier le besoin

« Derrière une réaction inappropriée se cache un besoin », répète Isabelle Filliozat. Une bêtise est souvent une façon d’attirer l’attention. Observer, émettre des hypothèses, questionner l’enfant permet de comprendre ce qui se joue réellement — et donc d’y répondre.

2. Accueillir les émotions

Plutôt que de faire taire les pleurs ou la colère, il s’agit de les accompagner : prendre l’enfant dans les bras, mettre des mots dessus.

« Je vois que tu es très en colère parce que… je comprends que… mais il est interdit de taper. Si tu as besoin d’évacuer ta colère, tu peux taper sur un coussin. »

Une fois la tempête émotionnelle passée, l’enfant redevient capable d’écouter — ce qu’il ne peut pas faire pris dans sa colère.

3. Privilégier les solutions aux punitions

Inviter l’enfant à trouver des solutions plutôt que de le punir libère sa créativité et le responsabilise. Pour les plus petits, proposer une solution et montrer comment faire.

« Tu as voulu faire une expérience ? Mais ce n’est pas le moment, le verre d’eau à table est fait pour boire. Nous pourrons jouer avec de l’eau après le repas. »

Cette approche est tournée vers l’avenir, contrairement à la punition, tournée vers la faute passée.

Deux exemples de situations concrètes

À la micro-crèche : la chaise convoitée

Édouard, 22 mois, joue à la dinette sur une chaise. Il se lève pour chercher une assiette. Adeline vient s’asseoir sur sa chaise. Il revient et la pousse.

Avant 3 ans, l’enfant est encore dans une logique de « tout puissant » et « tout est à moi ». Pour Édouard, c’était sa place. Plutôt que de le punir directement, nous consolons d’abord Adeline, lui expliquons qu’Édouard n’a pas le droit de pousser, et lui proposons une autre chaise. Puis, calmement, nous reprenons avec Édouard : « Tu étais en colère parce qu’Adeline était sur ta chaise ? Tu as le droit d’être en colère, mais pas de pousser. Tu peux lui dire que tu jouais ici, ou venir chercher un adulte. »

Les enfants n’ont pas encore les mots pour dire les choses — ils agissent pour se faire comprendre, sans intention de faire mal.

À la maison : les mains dans la purée

Un enfant d’un an met les mains dans sa purée, s’en met sur le visage et les cheveux. Le parent s’énerve, l’enfant recommence, refuse de manger — la situation s’envenime.

Vers un an, l’enfant commence à vouloir toucher ce qu’il y a dans son assiette : c’est de la curiosité, un besoin de découvrir la texture, ou un désir d’autonomie et de manger seul. Plutôt que de s’énerver : « Tu as envie de toucher la purée ? Ça t’intrigue ? », et parler de ce qu’il mange, de ses couleurs, de son goût.

S’il manifeste l’envie de manger seul, lui laisser une cuillère à manipuler (à la crèche, nous en donnons toujours deux : une pour l’enfant, une pour l’adulte). Il y en aura partout, c’est inévitable — mieux vaut organiser les conditions favorables (nappe, tablier) que lutter contre ce besoin naturel de découverte.

En résumé

L’éducation positive demande beaucoup de patience et d’observation, ce qui n’est pas toujours facile au quotidien. Mais son efficacité est garantie sur le long terme, avec beaucoup plus de douceur, de compréhension et de bienveillance — pour un climat familial bien plus agréable pour tous.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’éducation positive ?

C’est un modèle d’éducation qui vise à mieux comprendre ce qui se passe pour l’enfant plutôt que de recourir à l’autorité par la peur, aux punitions ou aux fessées. Il s’agit d’identifier le besoin derrière un comportement, d’accueillir les émotions de l’enfant, et de privilégier la recherche de solutions.

L’éducation positive, est-ce laisser tout faire à l’enfant ?

Non, ce n’est pas une éducation permissive. Il est tout à fait possible d’éduquer et de poser des limites sans crier ni punir. L’éducation positive part de la compréhension de l’enfant et de ses capacités, pas d’un laisser-faire.

Pourquoi les punitions sont-elles inefficaces ?

Les punitions n’ont d’efficacité que sur le court terme. Elles ne sont généralement pas en lien logique avec le comportement visé, ne permettent pas à l’enfant de comprendre pourquoi son acte était inapproprié, et génèrent honte et stress plutôt qu’apprentissage.

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Bibliographie

Ces ouvrages restent des références majeures de l’éducation positive, malgré leur date de publication — nous les tenons à votre disposition, n’hésitez pas à nous les emprunter.

  • « J’ai tout essayé », Isabelle Filliozat, éditions poche Marabout, janvier 2013
  • « Au cœur des émotions de l’enfant », Isabelle Filliozat, éditions poche Marabout, janvier 2013
  • « Pour une enfance heureuse », Dr Catherine Gueguen, éditions Pocket, mars 2016
  • Éduquer différemment — qu’est-ce que l’éducation positive ?