L’agressivité de l’enfant

Nos conseils Mis à jour le 27 juillet 2026 · Lecture : 12 min

Après avoir travaillé sur ce thème en équipe lors d’une réunion pédagogique, nous vous proposons de rendre compte de l’issue de notre réflexion. L’agressivité de l’enfant est en effet un sujet incontournable en crèche, car la collectivité pour les enfants de moins de trois ans est difficile à vivre.

Être avec les autres, partager le même espace, une certaine proximité, peut générer des « conduites agressives ». Les enfants poussent, tapent, griffent, ou même mordent les autres enfants — cela fait partie des interactions « normales » entre enfants. Ces attitudes sont des comportements réflexes, instinctifs, sans intention de faire mal.

Les conduites agressives : pourquoi ?

Tous les enfants passent par des phases pendant lesquelles ils poussent, tapent, griffent ou mordent. Voici les hypothèses qui nous permettent d’analyser ces comportements, pour trouver des réponses adaptées.

1. La découverte de l’environnement et de « l’autre »

Un enfant de 10 mois ou 1 an qui tire les cheveux d’un autre enfant n’a pas l’intention de lui faire mal : c’est une découverte, celle des cheveux et de ce que l’on peut faire avec. Le résultat lui permet aussi de comprendre que ses actions sur l’autre provoquent des réactions. Notre rôle est d’aider l’enfant à passer de l’acte à la parole, en lui expliquant calmement, mais fermement, que ça fait mal.

2. Dès 18 mois : les relations avec les autres

Les enfants entrent de plus en plus en relation entre eux, passant du câlin au « je pousse » ou « je tape », pour découvrir la réaction des autres. C’est le processus de socialisation. Nous nommons, servons de médiateurs, et apprenons à l’enfant « agressé » à dire « non » et « ça fait mal ».

3. Mal-être, contexte familial difficile

Les actes agressifs peuvent exprimer une véritable souffrance, reflet d’un contexte familial compliqué ou instable — l’enfant imite les adultes, ses modèles. L’aspect répétitif de ces conduites nous alerte comme des signaux de détresse.

« Les conduites agressives peuvent permettre à l’enfant de soulager un vide intérieur, qui prendrait racine dans un environnement peu stimulant. » — d’après les travaux de Boris Cyrulnik et Denis Mellier

Notre rôle est d’aider l’enfant à valoriser ce qu’il y a de positif dans ses potentialités. Un accueil de qualité est dû à tous les enfants, car parfois la détresse est invisible en dehors de l’intimité familiale.

4. La collectivité : promiscuité et place dans le groupe

Si l’espace de sécurité intime est franchi, les enfants manifestent des réactions de protestation, de fuite ou d’attaque — notamment dans les moments de rassemblement. Trouver sa place dans le groupe est une tâche difficile pour le jeune enfant.

5. Les besoins moteurs

Taper, jeter : l’enfant n’a pas l’intention de faire du mal, il est bien trop petit pour élaborer cela et ne distingue pas encore le bien du mal. Il est en construction, dans l’élaboration de ses réactions et la gestion de ses émotions.

Un enfant qui a sans cesse des comportements agressifs doit questionner l’adulte, tout autant qu’un enfant qui n’en manifeste aucun — car c’est quelque chose de normal dans le développement de l’enfant en collectivité.

Notre accompagnement à la crèche

L’agressivité est souvent bannie, mal perçue par les adultes. Pourtant, elle a besoin de s’exprimer comme toutes les autres émotions — joie, tristesse — mais de manière convenable.

L’intervention de l’adulte sur le moment / médiation

Le « stop » est un moyen efficace pour arrêter une interaction négative en cours. Nous questionnons ensuite ce qui a pu déclencher la réaction, tout en rappelant l’interdit, puis proposons d’autres solutions (taper dans un coussin pour évacuer une colère, par exemple).

Nous ne demandons pas à l’enfant « agresseur » de dire pardon : la notion de réparation n’est pas encore compréhensible pour lui, et lui demander n’a pas de sens s’il n’a pas eu l’intention de faire mal. Nous veillons aussi à ne pas coller d’étiquette à un enfant, pour éviter « l’effet Pygmalion » : la tendance d’une personne stigmatisée à se conformer à ce qu’on dit d’elle.

Le travail d’observation

Une conduite agressive peut sembler surgir sans raison — mais en observant l’enfant sur toute la journée, nous relevons parfois qu’il avait, quelques heures plus tôt, « volé » le jeu de l’autre enfant. Le souvenir et la peur peuvent alors entraîner une réaction décalée dans le temps. En cas de conduites répétitives, nous notons fréquemment nos observations pour identifier la problématique.

L’organisation et l’aménagement de l’espace

Parfois, c’est l’organisation qui faille, et non l’enfant : trop de mouvements d’adultes, pas assez de disponibilité, un espace trop exigu. Les moments de transition sont les plus délicats. Nous veillons à un espace suffisamment grand, et prévoyons des espaces de « défoulage » (terrasse, blocs moteurs, parcours moteur) pour les grands besoins moteurs.

Des jeux et du matériel pour se défouler

Les jeux d’imitation (poupées, figurines) permettent aux plus grands de rejouer des scènes vécues — un signe qu’ils intègrent peu à peu les règles. Nous prévoyons aussi des temps moteurs dans la journée : un enfant de moins de trois ans a besoin de bouger, et trop restreint, il peut décharger son énergie de manière agressive. Si un enfant a besoin de taper ou mordre, nous l’orientons vers une poupée ou un coussin prévu à cet effet — le tout toujours accompagné par la parole.

En résumé

Il n’existe pas d’enfant « méchant » ou « violent », seulement des enfants dans la découverte du monde qui les entoure, avec son lot de limites et d’interactions. Coller une étiquette à un enfant revient à l’enfermer dans ce comportement — il est essentiel de voir un enfant qui tape autrement qu’un « enfant qui tape ». La cohérence dans les propos des adultes, à la maison comme à la crèche, reste essentielle pour que l’enfant apprenne, à force de répétitions, à se servir des mots pour réguler ses conflits.

Questions fréquentes

Pourquoi mon enfant pousse-t-il ou tape-t-il les autres enfants ?

Avant 3 ans, l’enfant n’a pas l’intention de faire du mal : ces conduites relèvent de la découverte de l’autre, de l’affirmation de soi dans le groupe, ou d’un besoin moteur non exprimé autrement. Ce sont des comportements réflexes et instinctifs, normaux dans son développement.

Faut-il forcer un enfant à dire pardon après un comportement agressif ?

Non, la notion de réparation n’est pas encore compréhensible pour un jeune enfant. Lui demander de dire pardon n’a pas de sens pour lui, surtout s’il n’avait pas l’intention de faire mal.

Faut-il s’inquiéter si mon enfant a des comportements agressifs répétés ?

Un enfant qui a sans cesse des comportements agressifs doit questionner l’adulte, tout comme un enfant qui n’en manifeste jamais. Il est utile d’observer ce qui peut se cacher derrière ces conduites répétées plutôt que de coller une étiquette à l’enfant.

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